Liberté bien ordonnée commence quelque part

By on 22 February 2014, in Blog

Cet article synthétise une partie de mes réflexions et de mon cheminement récent. Il fait écho à l’article du même nom écrit chez Contrepoints par Baptiste Créteur.

Comme à mon habitude, il fait la part belle aux conclusions hâtives et aux raccourcis trop courts. La faute à mes doigts qui tapent beaucoup moins vite que le fond de ma pensée.


Si l’on cherche une raison à mon engagement dans l’économie participative durable, je dirai qu’il y en a plusieurs.

La principale est que pour que quelque chose arrive, le plus important est d’y croire. Même si cette phrase sonne comme une belle niaiserie, tout entrepreneur qui se respecte l’applique avec constance comme un art de vivre.

Pour illustrer encore toute la naïveté dont je peux faire preuve, je citerai Gandhi comme je l’ai fait dans mon article en anglais:

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.

Cette économie participative durable est encore balbutiante (inexistante ?) en France. De même aux États-Unis où j’en ai trouvé les premières traces, Gittip ne brasse « que » $11000 par semaine pour 2500 participants. Mais le site reçoit maintenant 100 nouveaux inscrits par semaine. C’est encourageant. Il en faudra des milliers d’autres, mais nous sommes en route.

Il faut bien commencer quelque part

Il est possible que j’échoue à mettre en place un tel système à l’échelle personnelle. La principale contrainte étant l’échéance déterminée de mon expérimentation : si je ne reçois pas l’intégralité de mon revenu via ce biais d’ici la fin de l’année 2014, je serai contraint de « revenir » dans le système classique de prestation de service ou de salariat, car je serai arrivé au bout de ce que je peux aligner comme ressources personnelles « avant que le feu prenne ».

Cependant, je pense qu’il est bien plus important de s’engager dans cette voie pour sensibiliser mon entourage et engager à leur tour d’autres participants, plutôt que de viser uniquement ma réussite personnelle. Celle-ci sera la cerise sur le gâteau.

Je me considère comme un grain de sable dans le désert : epsilonesque. Le désert n’étant constitué dans son immense majorité que de grains de sable, je suis cependant aussi indispensable que les autres pour le faire exister.

Bitcoin, à l’inverse de l’estime que j’ai pour lui, illustre parfaitement cette idée sur le plan théorique : il n’a de la valeur que parce que beaucoup de gens l’utilisent. Combien de « standards » ne l’étaient pas, mais le sont devenus grâce à leur adoption massive.

Note: la contre-attaque classique est le travers du standard monopolistique (exemple de Microsoft dans les années 2000), celle-ci est inapplicable dans notre cas car tous les logiciels sont libres, et les démarches ouvertes. Un succès de masse garantira un standard ouvert. La mise en place d’un objet non-libre par un logiciel libre reste possible (cf. Bitcoin et c’est pour cela que je ne l’apprécie pas), mais dans le cas de Gittip ce n’est pas le cas il me semble : on est proche d’un système similaire à un revenu de base. Fin de l’aparté – qui mérite largement son propre article.

C’est la même chose pour l’économie participative durable. Il « suffit » d’atteindre une certaine masse critique pour que le système soit auto-porté.

Un éventuel échec personnel ne signifiera pas l’échec du système. D’autres réussiront après mon passage.

« Entrepreneur » et startups

Dans cet esprit – considérant que ça peut ne pas aboutir – il est clair que je m’engage dans une voie incertaine. Suis-je un entrepreneur ? Ou simplement un inconscient ?

Le mot « entrepreneur » est pour moi trop galvaudé dans notre « startup world ». Je préfère dire que je n’en suis pas un, tellement je hais le mot : je n’assume plus le système de valeurs qu’il incarne. Et Dieu sait si j’ai voulu y croire par le passé, pendant presque 10 ans.

Je ne veux pas monter de startup.

Satisfaire le portefeuille des BA et autres VC – si tant est que mon projet réussise – pour laisser 10 autres entrepreneurs sur le carreau, devoir bosser comme un dingue pour créer un produit édulcoré répondant à la masse – s’inscrivant par essence dans la voie de la facilité – pour que Môssieur ou Mâdame puisse se faire mousser avec une croissance à deux chiffres, je trouve ça vraiment déplacé.

C’est une attitude tellement capitaliste… L’entrepreneur est au BA ce que l’ouvrier est au patron d’usine : il ne possède plus le produit qu’il créée, et doit obéir pour survivre – sans parler du principe même d’économie de croissance en opposition totale avec nos ressources finies.

Aujourd’hui, quand vous voyez un entrepreneur, vous pouvez être sûr que d’autres s’enrichissent sur son dos alors qu’eux-même ne produisent aucune valeur. Que ce soient les BA pour les startups, ou l’état avec ses 50% de taxes diverses et ses organismes opaques au droit de vie ou de mort sur leurs cotisants, tout ce petit monde (une minorité) tient simplement les producteurs (la grande majorité) par les burettes.

C’est un système d’une telle inégalité que je me demande si je ne suis pas en train d’enfoncer une porte ouverte en l’écrivant. Pourtant, nous sommes en démocratie. Preuve que tout ceci n’a rien à voir, et que les meilleures intentions du monde peuvent amener à faire de la merde.

En tous les cas, je ne veux pas participer à ça.

Alors autant faire autre chose de nettement plus intéressant.